
Beaucoup de travailleurs en burnout s’inquiètent. Développent-ils un Alzheimer précoce ? Vont-ils pouvoir réapprendre à fonctionner quand il retourneront au travail au vu des difficultés de mémoires qu’ils rencontrent. En réalité, la perte de mémoire dans un burnout est un phénomène très fréquent. Quelques mécanismes permettent d’expliquer cette diminution.
Pour comprendre ces influences, il est d’abord important d’avoir un bref aperçu du fonctionnement de la mémoire. Pour la partie qui nous intéresse aujourd’hui, nous pourrions décrire la mémorisation en quatre étapes
- Je perçois une information (ex : on me dit que la voiture qui passera me chercher est rouge)
- Je transmets cette information dans ma mémoire
- Je stocke dans ma mémoire l’information (une voiture passera me chercher. Elle est rouge) : ce stockage peut avoir lieu de différentes manière (je vois la voiture rouge ; j’entends qu’on me dit que la voiture est rouge ; je vois la voiture en mouvement….)
- Je vais rechercher l’information stockée au moment où j’en ai besoin
Pour se souvenir de quelque chose, il est important que ces quatre étapes puissent se faire sans accro. Évidemment, dans le burnout, ce n’est pas le cas.
1) Le manque d’énergie
Le cerveau est l’organe le plus consommateur d’énergie. Chez les nouveau-nés, on estime qu’il utilise 60% de l’énergie nécessaire à tout le corps. A l’âge adulte, il utilise encore entre 20 et 30 % de l’énergie. Il n’est donc pas étonnant que le manque d’énergie associée à l’épuisement entraine une diminution des facultés mnésiques : concentration, attention et mémoire.
2. La dispersion de la pensée
Dans le burnout, la pensée s’accélère et, bien souvent, passe d’une idée à une autre. Notre attention déjà impactée par le manque d’énergie va donc être divisée sur plusieurs préoccupations, diminuant ainsi d’autant plus, la capacité à être pleinement concentré. Toutefois, l’attention est un élément clé dans la mémorisation. Elle permet, lorsqu’une information est donnée, de la prendre et de la stocker quelque part dans notre tête. Dans le burnout, avant que ce processus d’encodage n’ait pu être réalisé pleinement, la pensée est déjà passée sur un autre sujet. Ainsi, l’information que nous avons oublié ne s’est en réalité jamais enregistrée. En d’autres termes, c’est un peu comme si vous souhaitiez enregistrer un fichier sur votre GSM et qu’au moment de cliquer sur le bouton « sauvegarder », votre fils vous appelle. Vous éteignez machinalement l’application, courrez pour l’aider sans enregistrer le fichier que vous souhaitiez garder. Il n’est donc pas sur votre GSM car il ne l’a jamais été. C’est pareil avec la mémoire.
3. L’état de stress
Le stress est un des principaux ennemis de la mémoire. En effet, le stress permet de focaliser le cerveau sur l’élément stressant. Cette fonction mnésique est essentielle dans des situations réellement stressante (par exemple si vous devez fuir un lion, vous sauvez d’un incendie). Par contre, dans le burnout, le stress est souvent imaginé. Il n’y a donc pas de danger immédiat mais le cerveau ne fait pas la différence. Il sera ainsi plus facile de se rappeler des informations autour de ce qui stresse : comment va se passer le retour au travail ? Qu’est-ce que les autres vont penser de moi si je m’arrête ?… Au détriment d’informations jugées moins importantes par le cerveau : l’heure d’un rendez-vous, le nom d’un livre que mon amie m’a conseillé de lire…
4. La déconnexion de ses sens
Les personnes en burnout se sont souvent tellement focalisées sur leurs pensées qu’elles oublient (voire n’ont jamais appris) à ce concentrer sur leur ressenti. Or, ce sont justement ces sensations qui nous aident à mémoriser des informations. Une donnée qui aura été associée à un bruit, à une image, à un goût, une odeur, une sensation corporelle ou émotionnelle sera ainsi plus facile à retrouver par la suite. Si par contre, nous oublions d’avoir accès à ces différentes sensations, nous perdons une partie des informations permettant un stockage et une récupération adéquates des informations.
5. La difficulté de gérer ses émotions
Un souvenir connoté émotionnellement va marquer beaucoup plus la mémoire. Ainsi, lorsque nous vivons un drame, ou un moment de bonheur extrême, nous pouvons nous rappeler exactement où nous nous trouvions, avec qui, ce que nous faisions… Dans le burnout, nos émotions peuvent être extrêmes, nous invitant à nous focaliser sur des éléments précis. Par exemple : elle m’a regardé bizarrement ; il y avait une liste de course ; elle avait les mains dans les poches.. Ces éléments précis, à priori, anodins ont souvent une signification émotionnelle propre à chacun. Néanmoins, ce phénomène entraine qu’une personne en burnout se retrouve à privilégier ces informations rationnellement « banales » aux détriments d’informations plus importantes.
6. Les troubles de sommeil
Le stockage de l’information dans la mémoire se réalise généralement pendant que nous dormons. Malheureusement, pour ne rien arranger, les difficultés de sommeil sont souvent très présentes chez les personnes en burnout. Il n’est dès lors pas étonnant que l’encodage d’une information ne se produisent pas correctement. En outre, certains somnifères peuvent avoir une influence sur notre capacité de mémorisation.
7. Le manque d’activités physiques
Il est fréquent avant un épuisement, qu’un travailleur réduise le temps consacrer à ses loisirs et donc à ses activités physiques. Cette tendance peut se poursuivre dans les premiers mois d’un burnout par manque d’énergie. Or l’activité physique est bénéfique pour la mémorisation parce qu’elle permet de faciliter l’irrigation du cerveau et donc l’apport d’oxygène, de diminuer le stress et de favoriser le sommeil.
8. Une mauvaise alimentation
Une alimentation saine et équilibrée favorise la mémorisation. Or dans le burnout, pour tenir face à la diminution d’énergie, il est fréquent d’observer une augmentation des consommations de drogues, de tabac, d’alcool, de sucre, de graisses, de cafés. La mauvaise alimentation peut impacter notre capacité à mémoriser les informations.
9. La diminution des contacts sociaux
Même si c’est nécessaire, un arrêt de travail prolongé entraine souvent une diminution des relations avec les autres. En effet, notre travail est un lieu privilégié d’échange et de communication. La discussion ainsi que le partage sont des facteurs importants dans la mémoire car ils permettent la répétition. Plus nous utilisons le vocabulaire, plus nous partageons des informations, plus nous nous les répétons à nous-même. Cette répétition augmente ainsi notre capacité à traiter rapidement les informations. Nous nous rappelons donc les mots plus vite. C’est le même principe qui est en œuvre si nous cuisinons souvent des pâtes, ou si nous avons l’habitude de monter des meubles et que nous nous arrêtons. Lorsque nous voudrons recommencer, il nous faudra plus de temps pour nous rappeler les étapes.
10. La pression à se rappeler
Le burnout est connu pour toucher particulièrement ceux qui se mettent une pression pour être parfait, faire plaisir à tout le monde. La tendance chez les personnes en burnout à se mettre une pression pour se rappeler de tout ne devrait donc pas étonner. Malheureusement, le stress qui accompagne le fait d’aller rechercher une information (en espérant qu’elle ait pu être encodée) va entrainer l’inverse de l’effet escompté. Dans un autre contexte, un étudiant qui passe son examen et qui commence à ressentir le stress pourrait perdre ses moyens et oublier une information qu’il connait pourtant très bien. Il se tapera la tête par la suite en disant « mais oui bien sûr, je le savais ». C’est pareil dans le burnout, plus vous vous mettez la pression pour vous rappeler de quelque chose, moins vous aurez de chances de vous en souvenir.
Pour aller plus loin :
- 10 étapes pour sortir du burnout
- 7 manières d’apaiser la pensée
- 10 changements sociétaux pouvant expliquer le burnout
- Si le burnout était conté
Février 2025
Sens et Company
Magali Jemine
Psychologue du travail, dynamicienne de groupe, coach et art-thérapeute
