10 facteurs qui augmentent le temps de guérison d’un burnout

Guérir rapidement d’un burnout devient malheureusement la mode. Certains patients en arrivent à avouer avec honte qu’ils sont en arrêt depuis déjà un an, voire 2 ans. Il est tout à fait normal que la guérison d’un burnout puisse prendre du temps et pour cause…

1) Le moment de l’arrêt et la gravité du burnout

Les signaux du burnout (fatigue, douleurs, émotions, diminution de la mémoire…) alertent très tôt que l’énergie est en train de diminuer. Evidemment, le principe du burnout c’est ce déni qui nous empêche de le voir arriver. Chez les personnes que j’accompagne, il faut reconnaître que tout le monde ne s’arrête pas au même moment. Il me semble évident que plus une personne tire sur la corde avant de s’arrêter, plus elle dépense de l’énergie. Moins une personne a de l’énergie, plus il lui faudra du temps pour en retrouver.

2. Le temps qu’il faut pour accepter de s’arrêter

La mise en arrêt ne signifie pas nécessairement accepter de s’arrêter. La plupart du temps, une personne en burnout continuera d’être active. Or tant qu’elle ne prend pas le temps de s’arrêter et de se reposer, il est logique que l’énergie ne revienne pas. Plus, une personne voudra aller vite pour récupérer, plus elle s’épuisera et prendra du temps. Il m’arrive de rencontrer des personnes qui après plus d’un an, ne se sont toujours pas arrêtées !

3. La pression à recommencer rapidement

Dans la première phase de guérison d’un burnout, la pression exercée sur une personne pour qu’elle recommence le plus rapidement possible peut venir entraver l’arrêt. Cette pression peut venir de la famille (incitation à redémarrer rapidement), du travail (si tu ne reviens pas, tu es viré), de la personne elle-même ou encore de la société (pression des mutuelles, difficultés financières à tout assumer…).

4. Le contexte de vie des personnes en burnout

Le burnout nécessite pour les personnes qui en souffrent de se reposer. Toutefois, l’environnement de la personne influence fortement la possibilité d’arrêt. Ainsi, un parent d’une famille monoparentale avec de jeunes enfants pourrait avoir plus difficile de se reposer. D’autres éléments peuvent entrer en compte : l’implication dans des clubs et associations, les maladies des proches, des procès en cours, des difficultés financières liées à l’arrêt, des problèmes de santé…

5. Les évènements de vie qui peuvent survenir pendant un burnout

La vie ne s’arrête pas quand un burnout arrive. Elle continue son cours et avec elle son lot de bonheur et de malheur. Des évènements imprévus dans la vie d’une personne peuvent influencer la durée d’un burnout. Par exemple, une séparation, un décès, une maladie, une grossesse, un déménagement, un licenciement… peuvent avoir un effet sur le moral du travailleur et allonger la durée de convalescence.

6. Les attitudes personnelles qui rendent vulnérable au burnout

Le perfectionnisme, l’altruisme, l’engagement sont des qualités qui peuvent à l’excès et couplées avec un environnement professionnel amener à un burnout. Si lors d’un arrêt, le contexte professionnel et temporairement écarté, la personnalité d’une personne ne change pas. Ainsi, une personne qui sera en burnout en raison de plusieurs facteurs personnels devra probablement prendre plus de temps pour évoluer sur ces points, comparativement à une personne qui est en burnout uniquement à cause d’un climat professionnel délétère. De même, l’histoire de vie d’une personne en burnout influence la durée de guérison.

7. Les tentatives de reprises trop précoces

Reprendre le travail, c’est bien. Toutefois, le reprendre trop précocement, sans avoir un plan pour faire face aux difficultés du contexte professionnel, c’est s’exposer à une rechute. Cette rechute risque d’amener la personne en burnout à perdre à nouveau le peu d’énergie qu’elle avait récupérée jusque-là.

8. La réorientation professionnelle

Les personnes qui décident de se réorienter professionnellement vont devoir entamer après la guérison une nouvelle démarche : se positionner sur le métier recherché, éventuellement se former ou encore rechercher une entreprise qui pourrait leur convenir. Cette démarche prend du temps. Il est donc normal, que le temps de guérison puisse être plus long.

9. Les conditions de reprises

La manière dont peut s’envisager une reprise joue un rôle majeur dans la capacité d’un travailleur à reprendre le travail. Ainsi, si au moment du retour, le travailleur se sent soutenu, que des adaptations peuvent être mises en place, il sera plus facile de recommencer à travailler. A l’inverse dans une situation professionnelle figée, peu accueillante ou encore sans adaptation possible, la reprise sera plus ardue.

10. Les blocages émotionnels associés au retour

Le burnout s’est avant tout la conséquence d’une relation avec un environnement de travail qui s’est mal passé. Il arrive que le travail soit émotionnellement connoté à des conséquences négatives. Certaines personnes pourraient dès lors restées bloquées dans leur situation d’arrêt en raison des émotions ressenties (colère contre soi, perte de confiance en sa capacité d’y arriver, peur de revivre la même chose, difficulté à tourner la page avec l’ancienne entreprise…).


Pour aller plus loin :

Avril 2025
Sens et Company
Magali Jemine
Psychologue du travail, dynamicienne de groupe, coach et art-thérapeute

Un avis sur « 10 facteurs qui augmentent le temps de guérison d’un burnout »

  1. Au moment du diagnostic « burnout » j’ai mis en place ce que je croyais être la solution : médecin (camisole chimique : antidépresseurs/ anxiolytiques/somnifères/arrêt de travail 6 mois), psychologue, sport, et reprise du travail en combattant peur, anxiété, état dépressif envahissant. Ce n’était bien sûr pas la solution, au fil des mois, je me suis enlisée car je n’avais pas compris où se trouvait la racine du mal : j’ai donné ma démission au bout de 4 années de torture, j’étais allée au bout de l’enfer.
    Quand le cerveau est en ébullition il faut revenir au corps et stimuler ses sens afin de s’ouvrir aux émotions (après l’absence totale d’émotion ou l’état de souffrance psychique permanent) pour moi, ce fut la clé :
    Alimentation saine, variée, riche en vitamines et oligo- éléments, sans supplémentation.
    Reprise d’un cycle circadien équilibré,
    Mouvements physiques adaptés en extérieur (marche, vélo, nage) autant que nécessaire afin de se reconnecter à son corps.
    Toute forme de méditation intégrée à ma routine quotidienne pour libérer les tensions (méditation pleine conscience, danse et marche méditative etc.…) la pratique du yoga aurait pu m’aider mais je ne l’ai pas fait.
    Ceci m’a aidé à me reconnecter à la vie. A accepter, comprendre et libérer ces indicateurs que sont les émotions.
    Pour ce faire j’ai remis en action tous mes sens : l’odorat, l’ouïe, le toucher, le goût, la vue (odeurs de la nature, écouter de la musique qui embellit, élève, mais aussi apprécier le silence, goûter aux aliments simples non transformés, non sucrés (graines germées, légumes et fruits de saison, tisanes etc…), être dans de beaux paysages, prendre le soleil 20 minutes par jour (la météo n’est pas importante, le soleil est toujours présent), rester le plus possible en extérieur, au contact des saisons, si possible dans un environnement naturel. Tout ceci a participé à la correction de mon état dissocié, coupé du réel.
    Ajouter de la beauté à mon quotidien, j’ai appris à recevoir, à partager et à diffuser ce qui ne peut être acquis, possédé ou acheté mais qui est essentiel. Les échanges, les regards, un câlin, avoir chaud après une marche dans le froid, se baigner dans l’eau fraîche par temps chaud, apprécier le silence et la solitude. Manger après avoir ressenti vraiment la faim. C’est une des étapes de ce parcours. De même, accueillir son état émotionnel tel qu’il est, sans vouloir le fuir, ni le corriger, ni l’adapter. Vivre tout cela au moment où cela se présente, sans y réfléchir (on en est incapable, la mémoire est en panne, l’intellect s’est échappé, notre cerveau s’est mis en sécurité pour ne pas imploser : la nature est bien faite). Il m’a fallu accepter ce temps où même un enfant de 2 ans avait plus de capacités cognitives que moi…et le prendre avec humour !
    Mettre les mains en mouvement (ranger, nettoyer, bricoler, jardiner, peindre, dessiner, écrire, cuisiner, coudre, me masser, qu’importe… j’ai fait ce dont je me sentais capable au quotidien).
    Cet ensemble de pratiques a eu pour but de me réconcilier avec moi-même, de développer mon intuition (ce qui m’aide à définir ce qui est bon pour moi, me fait prendre conscience de mon environnement, me guide dans le discernement des priorités qui me servent et des opportunités réelles au quotidien, de manière simple, efficace).
    Ce n’est qu’au moment où j’ai repris cette force, réintégré mon corps en quelque sorte, que j’ai pu initier une évolution émotionnelle et intellectuelle. Il m’a été nécessaire de me déplacer, de sortir de mon environnement (je me suis accordé la chance de voyager pendant 2 ans, dans des pays que je ne connaissais pas pour observer, étudier d’autres façons de vivre, de penser, d’agir. Je me suis rendue là où il n’y a pas de sécurité d’emploi, pas de sécurité sociale, où chacun est « sans filet de sécurité » hormis celui que l’on se construit et que l’on préserve (famille, entourage amical, santé), où on cultive à la fois les traditions, l’entraide créative et les apprentissages diversifiés quel que soit l’âge, où l’on accueille sans jugement, sans préjugé, sans méfiance excessive, les aléas de la vie sont vus comme des opportunités d’évolution, où la responsabilité personnelle est la base car l’état n’est pas un état providence. La journée est séquencée : temps pour soi/ temps de travail/ temps d’apprentissage ou d’étude/ enfin pratique artiste en famille ou temps dans des associations. La journée est optimisée, les gens sont joyeux car ils construisent leur quotidien en équilibrant leurs besoins, personne n’est inactif ! Le tissu social est extrêmement diversifié et personne n’est mis de côté quel que soit son handicap. J’ai vécu chez l’habitant, en contact quasi permanent avec la population en étant intégrée, non comme une touriste : j’ai travaillé, rendu des services, porté de l’aide comme tout le monde, naturellement. Cela m’a réconciliée avec toute forme de vie, l’acceptation du déséquilibre et l’acceptation de l’inconnu, de ce que l’on ne peut maîtriser (un vrai défi pour l’ex-perfectionniste/contrôlante que je suis). Ces expériences m’ont permis de me remettre en question, de mettre du mouvement dans une vie que j’avais réduite inconsciemment sous forme de plan A, plan B, plan C au cas où… comme si on pouvait se prémunir de tout ! La diversité des apprentissages, des études, me sont nécessaires, j’ai donc diversifié mes centres d’intérêt et ai les ai approfondis avec mes capacités, peu à peu. J’ai mis en place une nouvelle forme de discipline, non pas vécue sous la contrainte mais en y adhérant parce que j’ai compris la nécessité de rester toujours dans la découverte, l’ouverture et l’acceptation de ce que je vis tout en insérant des pratiques qui m’équilibrent au quotidien. Ceci m’a permis de prendre du plaisir à créer, à me servir de mes créations pour servir un but, construire un plan ouvert et adaptable, un projet en adéquation avec ma personnalité et mes domaines d’expertise.
    Un burnout se vit de manière différente selon chaque individu et tout ce qui va lui redonner confiance est bon à prendre, tout ce qui apporte l’amour, le respect, l’acceptation de soi tel que l’on est, l’estime de soi quel que soit ce à quoi nous sommes confrontés, apportera confiance en ses capacités, à créer, s’affirmer et agir de manière correcte. En acceptant de me tromper je ne perds plus de temps à rectifier ma trajectoire. Je n’ai ni à me justifier, ni à me comparer, ni à m’identifier à qui que ce soit, encore moins à m’excuser, c’est un apprentissage difficile que de se libérer de ses propres chaînes.
    Le burnout est une expérience constructive, cet état m’a permis de me comprendre, de me connaître, de faire un énorme travail sur mes biais cognitifs, ce que je me suis imposé, ce que j’ai refusé, mes défauts de perception et de fonctionnement et leurs impacts non seulement sur ma vie mais sur celle des autres. Accepter l’effondrement est une merveilleuse opportunité pour se reconstruire intérieurement. Mon mur intérieur s’est écroulé, j’ai patiemment trié les pierres, retiré celles qui étaient poreuses, en ai acquis de nouvelles et conservé celles qui étaient en bon état. Aujourd’hui il n’y a plus de mur, mais des fondations solides. Peu importe ce que je construis, je sais que la base est saine. Je ne me concentre plus sur ce qui ne va pas mais sur mes aptitudes, mes qualités et mes capacités réelles, sans idéaliser ni me torturer ou impacter négativement les autres. Ce que je possède m’aide à m’adapter, sans me compromettre. Je pensais autrefois que ce discours était simpliste, c’est le contraire, il est simple. Il est de la responsabilité de chacun de trouver son propre équilibre, son évolution propre, c’est ainsi que l’on peut participer au bonheur collectif. Il n’y a rien à prouver, juste à vivre, expérimenter, agir.
    Un burnout se vit de l’intérieur, nos proches sont souvent déstabilisés et dans l’incompréhension de ce que l’on traverse. Il est important d’oser communiquer ce que l’on vit tout en demandant non pas de l’aide mais une forme de soutien par la présence, sans jugement, sans recommandation. Nous n’avons besoin que d’acceptation, de confiance, d’amour et de liberté pour nous aider à dépasser nos propres obstacles. Le burnout est une expérience, un défi, autant pour celui qui le traverse que pour celui qui en est le témoin. Comme toute maladie, on en ressort différent que l’on soit le malade ou l’accompagnant. Le burnout a été pour moi, un cadeau mal emballé. J’ai pris le cadeau.

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